Quitter son CDI pour devenir indépendant. Choisir ses missions. Fixer son tarif. Et garder son droit au chômage, sa mutuelle, ses cotisations retraite. Ça ressemble à un fantasme ? C’est pourtant ce que permet le portage salarial. J’accompagne des cadres en reconversion depuis des années, et ce statut hybride reste l’un des moins bien compris. Soyons clairs : le portage n’est pas magique, il a ses limites. Mais pour le bon profil, il change la donne.
Information importante
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en orientation professionnelle personnalisé. Les montants, taux et conditions mentionnés peuvent varier selon les sociétés de portage et évoluer réglementairement. Consultez un conseiller spécialisé pour évaluer votre situation personnelle.
Le portage salarial en 30 secondes
- Vous facturez vos clients, la société de portage vous verse un salaire avec bulletin de paie
- Protection sociale complète : chômage, retraite, mutuelle, arrêt maladie
- Comptez environ 50% de votre chiffre d’affaires en salaire net (le reste = cotisations + frais)
- Idéal pour consultants, formateurs, managers de transition avec TJM supérieur à 300 €
Ce que vous allez découvrir
Le portage salarial, c’est quoi concrètement ? (Et pourquoi ça change tout)
Je vais vous épargner le jargon juridique. Imaginez un traducteur simultané entre le monde de l’entreprise et celui de l’indépendant. Vous trouvez une mission, vous négociez votre tarif avec le client final. Jusque-là, vous êtes consultant. Mais au lieu de créer votre boîte et de gérer la paperasse, vous passez par une société de portage qui devient officiellement votre employeur.
Cette société facture votre client, encaisse le règlement, prélève les cotisations sociales, et vous verse un salaire. Avec un bulletin de paie. Comme si vous étiez salarié d’une entreprise classique. Selon le Code du travail, c’est une relation tripartite : vous, la société de portage, et l’entreprise cliente. Trois acteurs, un seul contrat de travail — le vôtre.
Analogie : C’est comme louer un bureau dans un espace de coworking plutôt que d’acheter un immeuble. Vous bénéficiez de l’infrastructure (compta, juridique, protection sociale) sans les contraintes de propriétaire.
Ce qui me frappe souvent chez les cadres que j’accompagne à Lyon, c’est leur surprise quand ils découvrent que le portage existe depuis plus de 30 ans. Le cadre légal a été solidifié en 2015, avec une convention collective entrée en vigueur en 2017. C’est du solide. Pas un montage bancal.
Le portage ne vous convient pas si…
- Votre TJM est inférieur à 250-300 € (les cotisations rendraient le net trop faible)
- Vous faites de l’achat-revente ou une activité commerciale pure (exclu par la loi)
- Vous n’avez aucune mission en vue (pas de salaire sans facturation)
- Vous exercez une profession réglementée (avocat, médecin, expert-comptable)
Je ne vais pas vous mentir : j’ai vu des consultants se planter faute de préparation. Ils négociaient un TJM de 350 € sans calculer ce qui resterait vraiment en poche. Résultat : moins qu’en CDI, avec plus de stress. Le portage fonctionne. Mais pas pour tout le monde.
Comment démarrer en portage salarial : les 5 étapes (vraiment)
Bonne nouvelle : la mise en place est rapide. Dans ma pratique, je vois des consultants opérationnels en moins d’une semaine. Voici comment ça se passe concrètement.
Trouver sa première mission (le vrai point de départ)
C’est le nœud du problème que beaucoup négligent. La société de portage ne vous trouve pas de clients. Elle gère l’administratif une fois que vous avez une mission. Vous devez arriver avec un prospect, ou au minimum un marché identifié.

Dans ma pratique, j’observe que les profils qui réussissent en portage ont généralement un réseau actif ou une expertise pointue. Consultants IT, formateurs, managers de transition, coachs certifiés. Si vous partez de zéro sans carnet d’adresses, le portage ne résoudra pas votre problème de prospection.
Choisir sa société de portage (les critères qui comptent)
Il existe plus de 500 sociétés de portage en France. Certaines sont excellentes. D’autres… moins. Avant de signer quoi que ce soit, posez ces questions. J’insiste : avant.
7 questions à poser avant de choisir votre société de portage
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Quel est le taux de frais de gestion exact ? (Entre 5% et 10% selon les sociétés)
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La garantie financière est-elle bien à jour ? (Obligatoire légalement)
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Quels services sont inclus dans les frais ? (Compta, juridique, assurance RC Pro)
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Sous quel délai recevez-vous votre salaire après facturation ?
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Proposez-vous un CDI ou uniquement des CDD ?
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Êtes-vous membre du PEPS (syndicat professionnel) ?
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Puis-je parler à des consultants déjà portés chez vous ?
Si vous cherchez à mieux comprendre les avantages d’une société de portage salarial, prenez le temps de comparer au moins trois acteurs. Les écarts de frais peuvent représenter plusieurs centaines d’euros par mois sur un TJM de 500 €.
Signer les contrats et démarrer (plus simple qu’il n’y paraît)
Une fois la société choisie, vous signez deux documents : une convention d’adhésion (qui vous lie à la société de portage) et un contrat de travail (CDI ou CDD). La société établit ensuite un contrat de prestation avec votre client.
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Premier contact avec la société de portage -
Réception de la simulation salaire personnalisée -
Signature de la convention d’adhésion -
Contrat de travail signé -
Première facturation possible
Sur le terrain, la réalité est souvent plus rapide. J’ai vu des dossiers bouclés en 48 heures quand le consultant arrivait avec une mission signée et tous ses documents prêts. La lenteur vient rarement de la société de portage — plutôt du temps que met le consultant à rassembler ses pièces.
Salaire net en portage : les vrais chiffres (sans langue de bois)
Voilà la question qui fâche. Et celle sur laquelle je vois le plus de confusion. Combien reste-t-il vraiment après toutes les déductions ? La réponse courte : comptez environ 50% de votre chiffre d’affaires facturé. Mais ce chiffre mérite d’être décortiqué.
Le mécanisme est simple à comprendre : votre client paie 100 €, la société de portage prélève ses frais de gestion (entre 5% et 10%), puis verse les cotisations sociales patronales et salariales, et vous verse le reste en salaire net. Pour approfondir le fonctionnement du portage salarial, les simulations personnalisées sont indispensables — chaque situation donne un résultat différent.
| Poste | Pourcentage indicatif | Montant exemple |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires facturé (20 jours) | 100% | 10 000 € |
| Frais de gestion société | 5% à 10% | – 700 € (7%) |
| Cotisations patronales | ~25% à 30% | – 2 600 € |
| Cotisations salariales | ~22% | – 1 500 € |
| Salaire net avant impôt | ~50% | ~5 200 € |

Dans ma pratique, j’observe régulièrement des consultants qui négocient leur TJM sans intégrer la totalité des prélèvements. Résultat : ils découvrent après coup que leur net est inférieur à ce qu’ils gagnaient en CDI. Cette erreur est particulièrement fréquente chez les profils juniors qui sous-estiment le poids des cotisations sociales complètes. Ce constat est limité aux profils consultants IT que j’accompagne, et peut varier selon le secteur d’activité et la région.
Le piège du TJM trop bas
Avec un TJM inférieur à 300 €, votre salaire net mensuel (sur 18-20 jours facturés) tourne autour de 2 700 € — soit l’équivalent d’un salaire brut de 3 500 € en CDI classique. Si vous gagnez déjà 4 000 € brut en CDI, le portage à ce tarif vous fait perdre de l’argent. Calculez avant de sauter le pas.
Cela dit, n’oubliez pas que ces cotisations « élevées » financent une protection sociale complète. Contrairement à l’auto-entrepreneur qui paie moins de charges mais n’a ni chômage ni retraite comparable. C’est un choix, pas un piège.
Protection sociale, chômage, retraite : ce que vous gardez vraiment
C’est là que le portage prend tout son sens. Le portage salarial est le seul statut d’indépendant qui offre le même droit au chômage qu’un salarié classique. Pas une version dégradée. Le même. Avec les mêmes conditions d’accès à l’ARE.
Pour y être éligible, vous devez avoir travaillé au moins 130 jours ou 910 heures sur les 24 derniers mois. En pratique, ça représente environ 6 mois de missions facturées. La durée d’indemnisation peut aller jusqu’à 18 mois pour les moins de 55 ans.
Comment Sébastien a décroché son prêt immo grâce au CDI portage
J’ai accompagné Sébastien l’année dernière. 38 ans, chef de projet digital, il quittait une ESN parisienne après 10 ans. Son problème : un projet immobilier en cours avec sa compagne. Les banques lui avaient clairement dit qu’un statut auto-entrepreneur bloquerait son dossier.
En optant pour le portage en CDI, Sébastien a présenté un contrat de travail classique à sa banque. Bulletins de paie réguliers, ancienneté cumulée depuis son premier emploi. Résultat : prêt accordé en 3 mois, aux mêmes conditions qu’un cadre salarié. Ce qui l’a surpris ? La banquière n’avait même pas posé de questions sur le fonctionnement du portage. Elle voyait un CDI, point.
D’après Service-Public.fr, le salarié porté bénéficie de l’ensemble des protections prévues par le Code du travail : congés payés, mutuelle, prévoyance, cotisations retraite de base et complémentaire, arrêt maladie indemnisé. Vous êtes salarié. Avec tout ce que ça implique.
Ce que vous gardez
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Assurance chômage identique aux salariés
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Retraite de base + complémentaire (Agirc-Arrco)
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Mutuelle et prévoyance obligatoires
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Crédibilité bancaire pour les prêts
Ce que vous perdez
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Pas de salaire sans facturation (inter-contrats non payés)
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Frais de gestion qui réduisent le net
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Pas de capitalisation patrimoniale (contrairement à une SASU)
Mon avis tranché sur cette question : si votre priorité absolue est la sécurité (prêt en cours, enfants, conjoint sans revenus), le portage est imbattable. Si vous visez l’optimisation fiscale à long terme et la constitution d’un patrimoine via votre structure, la SASU sera plus pertinente — mais avec une complexité administrative autrement plus lourde.
Vos questions sur le portage salarial
Peut-on cumuler portage salarial et CDI classique ?
Oui, c’est légalement possible. Votre employeur actuel ne peut pas l’interdire tant que vous respectez votre clause de non-concurrence et vos horaires contractuels. Attention cependant à la fatigue et au respect des durées maximales de travail (48h/semaine). Dans ma pratique, je recommande de commencer le portage en parallèle du CDI pour tester le marché avant de démissionner.
Que se passe-t-il si je n’ai pas de mission pendant 2 mois ?
La société de portage n’a aucune obligation de vous verser un salaire entre les missions. Pas de facturation = pas de paie. C’est le principal risque du statut. Pour le gérer, constituez une réserve de trésorerie équivalente à 3 mois de charges fixes avant de vous lancer. Certaines sociétés proposent une avance sur salaire, mais c’est rare et soumis à conditions.
Le portage salarial est-il compatible avec le chômage ?
Absolument. Vous pouvez cumuler ARE et salaire porté sous conditions : 70% de votre salaire brut est déduit de l’allocation mensuelle. Vous conservez vos droits non consommés. Conseil : restez inscrit à France Travail même pendant vos missions — ça sécurise votre retour en cas de trou d’activité.
Quelle différence entre portage et auto-entrepreneur ?
L’auto-entrepreneur paie moins de charges (~22% contre ~45% en portage) mais n’a pas de droit au chômage, une retraite limitée, et un plafond de CA (77 700 €/an pour les prestations de services). Le portage coûte plus cher mais offre une protection identique au salariat. Si vous facturez plus de 50 000 €/an et valorisez la sécurité, le portage est généralement plus adapté.
Comment les banques voient-elles le portage pour un prêt immobilier ?
Avec un CDI en portage, la plupart des banques traitent votre dossier comme celui d’un salarié classique. Elles regardent vos 3 derniers bulletins de paie, votre ancienneté globale, et votre taux d’endettement. Le CDI rassure — c’est d’ailleurs l’une des principales raisons de choisir ce statut plutôt qu’une SASU.
Le secteur du portage salarial a franchi le cap des 43 000 salariés portés et 2 milliards d’euros de CA en 2022, avec une croissance moyenne de 15% par an. Ce n’est plus un statut marginal.
Et maintenant ?
Les 3 points à retenir avant de vous lancer
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Validez d’abord votre TJM : en dessous de 300 €/jour, le portage n’est pas rentable
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Comparez au moins 3 sociétés de portage avant de signer (frais, services, garantie financière)
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Constituez 3 mois de trésorerie pour absorber les périodes sans mission
Le portage salarial n’est pas la solution universelle pour devenir indépendant. C’est une option parmi d’autres — particulièrement adaptée à ceux qui veulent de l’autonomie sans sacrifier leur filet de sécurité. Si vous hésitez encore entre plusieurs formes juridiques, prenez le temps d’explorer le choix de votre statut juridique avant de vous engager.
Précisions sur les conditions et limites du portage salarial
- Les pourcentages de salaire net (environ 50%) sont des moyennes qui varient selon les sociétés de portage et votre situation
- Les frais de gestion oscillent généralement entre 5% et 10% selon les prestataires et les services inclus
- La convention collective et les seuils de rémunération peuvent évoluer — vérifiez les textes en vigueur
- Chaque situation professionnelle nécessite une analyse personnalisée avant engagement
